lundi 15 novembre 2010

Clarence Kirschmann Streit (1896 - 1986) : le père du fédéralisme transatlantique.


« Assurer aujourd’hui le sort de la liberté, de la démocratie, de la paix et de la prospérité est un problème qui relève de l’organisation du gouvernement du monde », Clarence Streit, 1939.


Alors que les tensions montent au niveau planétaire, l’idée d’une gouvernance mondiale semble pour certains la seule solution pour sauver la paix de la folie des hommes. Le 5 juin dernier, lors d’un débat diffusé sur Arrêt sur images, Jacques Attali claironnait : « Il faut viser le gouvernement mondial [...] On va vers ça. Est-ce qu’on ira à la place de la guerre ou après la guerre? Je ne sais pas, mais c’est ça qu’il faut viser » [1] .
Même si les propos tenus par Jacques Attali peuvent surprendre le quidam, ils s’inscrivent en fait dans le cadre d’une filiation idéologique ancienne. Ils font notamment écho à la pensée d’un fédéraliste américain méconnu en France : Clarence Kirschmann Streit. Son ouvrage de 1939, Union Now [2], véritable programme politique, guide certainement les pas des élites mondialisée. Comme l'a dit le philosophe Auguste Comte : « Les morts gouvernent les vivants ».

Clarence Streit : un américain cent pour cent [3].


Né le 21 janvier 1896 dans une petite ville du Missouri, Clarence Streit était, selon l’expression, un « américain cent pour cent ». Pourvu d’une éducation strictement américaine, il a mené des études universitaires tout en étant arpenteur : « comme Washington et au même âge » indique Firmin Roz, qui signe la préface de Union ou Chaos, la version française de Union Now.
En 1917, il s’engage comme volontaire dans la Première Guerre Mondiale. Envoyé en France, il est placé, curieusement, dans l’Intelligence Service. Après la démobilisation, le jeune homme participe à la délégation américaine à la conférence de Versailles, avant d’intégrer la prestigieuse université d’Oxford, en tant que Rhodes Scholar, « c’est-à-dire titulaire d’une de ces bourses fondées [par Cecil Rhodes, ndr] pour faire passer par son université des jeunes sujets d’élite choisis dans tout l’Empire britannique auquel il voulut joindre les États-Unis » [4]. À ce moment là, Streit est effectivement le représentant du groupe Milner (Round Table Movement) aux États-Unis, groupe « semi-secret » si l'on en croit l’historien Carroll Quigley, visant à édifier un ordre mondial unifié sous commandement anglo-américain [5].
Après avoir brièvement fréquenté les bancs de la Sorbonne, Clarence Streit devient correspondant étranger dans la presse américaine, d’abord pour le Philadelphia Public Ledger, puis à partir de 1924 pour le New York Times. Quelques années plus tard, notre homme devait se rendre à Genève, en tant que correspondant auprès de la Société des Nations (SDN), où il sera le témoin direct de son inefficacité ainsi que de sa crise inévitable.

L’échec de la Société des Nations.

Pour Streit, « le seul problème important auquel on n’ait jamais donné l'attention qu'il réclamait de façon pressante est celui du gouvernement du monde ». Et ce problème « est peut-être venu bien prêt de sa solution en 1919 », la SDN constituant la « première tentative de gouvernement mondial » (p. 72) [6].
Après le traumatisme de la Grande Guerre, Clarence Streit ne fut pas le seul à croire en un nouvel ordre international garanti par le Pacte de Genève. C’était d’ailleurs son objectif premier dans l’esprit de ses promoteurs. Mais cette institution, loin de préserver la paix et la sécurité collective, a accumulé les échecs, notamment en Mandchourie et en Éthiopie. Même s’il y eut des succès notables, comme lors de l’incident de Pétritch par exemple, les démocraties de la SDN étaient bien trop timorés face à la montée des totalitarismes en Europe. Surtout, chaque État défendait bec et ongles ses petits intérêts et se souciait fort peu des problème du monde : c’est là le fondement même de l’échec de la conférence sur le désarmement, comme celui de la conférence économique de Londres.
Pourquoi? C’est que la SDN, d'après notre journaliste, ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Ou alors l’institution de Genève s’entête à ne pas reconnaître les leçons de l’histoire. Dans tous les cas, les faits sont là : la SDN est un « gouvernement de gouvernement » (p. 10), à défaut d’être une fédération de peuples unis. Elle est un « gouvernement fait pour les gouvernements et les États », alors qu’elle devrait être, afin d'atteindre son but, un « gouvernement pour le peuple », suivant la célèbre définition de Lincoln du mot démocratie : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.»

La SDN : une ligue inefficace et antidémocratique.

Dans le chapitre VI, intitulé « Comment il faut organiser les démocraties », Streit oppose deux unités de base à l’organisation du gouvernement mondial : l’homme ou l’unité démocratique, propre à la fédération ; le gouvernement de l’État, ou l’unité autocratique, propre à la ligue. La SDN, ayant préférée l’unité autocratique à l’unité démocratique constitue de fait une ligue, qui, à l’inverse d’une fédération, reconnaît le régime de la souveraineté nationale (p. 166 à 180). Or, Streit est clair : la souveraineté nationale est un poison, un « microbe », un « germe » qu’il faudrait « isoler ». Au début du chapitre IX, il estime que les démocrates se trompent, en supposant que « la défense de leur propre liberté les oblige à organiser les relations entre les démocraties en prenant pour unité les États et non leurs propres personnes, c’est-à-dire en se fondant sur le principe absolutiste du nationalisme et non sur le principe démocratique de l’individualisme » (p. 230).
L’auteur affirme que, fondamentalement, plusieurs défauts sclérosent le système de la S.d.N, et en fait, celui de toutes les ligues à travers l’histoire (p. 181 à 195) :
1. La ligue est antidémocratique dans la mesure où son égalité n’est qu’une égalité entre État, faisant fi de la représentation populaire et du principe « un homme une voix ». Et même si les démocraties avaient une population égale, leur organisation en ligue favoriserait fatalement les membres les moins démocratiques, ce qui de facto encouragerait la dictature.
2. Parce qu’elle a l’État pour unité, la ligue ne peut agir à temps. D’une part, elle ne peut agir que par l’intermédiaire du gouvernement, ce qui nécessite l’unanimité pour toutes les décisions importantes, sujettes en outre à la ratification des États ; d'autre part, l'essentiel des préoccupations de chaque gouvernement membre a pour objet l'État et non celles de la ligue, ce qui engendre un blocage généralisé.
3. La ligue ne peut échapper à la règle de l’unanimité. Les événements de septembre 1938 le prouvent, lorsque les votes de la Pologne et de la Hongrie firent échouer - mais un seul veto aurait suffi - la proposition anglo-française d’interpréter la règle d’unanimité du Covenant en sorte que le veto d’une ou des deux parties en conflit ne puisse plus empêcher le conseil de prendre des mesures aptes à préserver la paix.
4. La ligue ne peut appliquer la loi. En effet, si l’État est l’unité choisie, la loi ne peut être imposée que par d’autres États. Infliger une sanction à un État qui aurait violé ses engagements, c’est infliger une sanction à toute une population, sans distinguer coupables et innocents. Ce qui n’a pour effet que de renforcer la position du rebelle tout en outrageant la justice. Autre conséquence : l’ensemble de la population risque de se dresser derrière son gouvernement, l’injustice poussant à la révolte. C’est exactement ce qu’il s’est passé en Italie, en 1935, au début de la guerre d’Éthiopie.
5. Les membres d’une ligue étant des États immobiles et théoriquement immortelles, les éventuelles sanctions pénalisent non seulement l’ensemble de la population alors rangée derrière leurs représentants, mais aussi leurs enfants, et les enfants de leurs enfants. Les antagonismes sont en conséquence continuellement entretenus, et la paix constamment menacée.
6. Dans une ligue, le jugement précède l’arrestation pour autant qu’une ligue ne peut arrêter un État agresseur comme un agent de police peut arrêter un homme qui, le couteau à la main, tente de frapper sa victime. Et pour qu’une coercition soit effective, il faut attendre que le crime soit commis. Lorsque l’Italie envahit l’Éthiopie, la SDN ne fit rien de concret pour l’arrêter. Après que l’agression italienne a été condamné, le crime se poursuivit encore pendant sept mois.
7. Les sanctions non-militaires, propres à la ligue, ne sont que de la poudre aux yeux. Car appliquer des mesures aussi lentes pousse l’agresseur à aller plus loin dans l’agression, et la victime à maintenir une résistance désespérée. C’est ainsi que l’Italie en vint au gaz de combat dès que Genève décida de mettre l’embargo sur le pétrole (qui ne fut jamais réellement appliqué, rappelons-le).
8. Chaque membre d’une ligue est à la fois juge, juré et gendarme à cause de son défaut fondamental : elle a pour unité non point des individus mortels, mais des collectivités théoriquement immortelles appelées nations qui sont en outre caractérisées par leur immobilité géographique. Pis encore : le gouvernement italien, tout en subissant les sanctions, prenait part aux délibérations de la SDN sur la violation du traité de Locarno par l’Allemagne (remilitarisation de la Rhénanie, survenue en mars 1936). Le système de la ligue permet donc à une nation de tenir à la fois le rôle d’un criminel condamné, de juge et de gendarme.

Au bout de cette longue énumération des défauts inhérents aux ligues, Streit conclut : aucune ligue n’est digne de confiance ou de respect, le régime de la souveraineté nationale impliquant toujours la diplomatie secrète et la course aux armements, que ce soit pour la défense ou pour l’attaque. Le problème de la coercition devient dès lors inextricable, d’où résulte une situation toujours plus instable. Lord Lothian (Philip Kerr) avait dit, le 30 juillet 1938 : « Aucun esprit réfléchi ne peut contester sérieusement que la souveraineté de l’État et l’anarchie qu’elle crée dans un monde chaque jour plus étroit, ne soient les causes fondamentales de nos difficultés actuelles les plus graves. C’est ce qui empêche la S.d.N d’accomplir sa noble tâche [...] » (p. 197). C’est pourquoi Streit juge inutile tout « replâtrage » en guise de réforme de la S.d.N (p. 103), elle même « replâtrage des institutions d’avant guerre » (p. 110). Il faut, purement et simplement renoncer à ce système pour en adopter un autre : l’Union fédérale.

La seule solution : l’union fédérale.

Dès le début du livre, Clarence Streit préconise l’ « union immédiate des démocraties que rapprochent déjà l’Atlantique Nord et mille autres liens, l’union de ces peuples en une grande république fédérale fondée sur le principe démocratique du gouvernement protecteur de la liberté individuelle - qui est leur bien commun caractéristique - et créé dans le but de sauvegarder ce principe » (p. 22).
L’Union fédérale, à l’inverse de la ligue, a pour unité l’individu. Elle abat ergo le régime de la souveraineté nationale, source de tous les malheurs du monde comme le serine la vulgate mondialiste. L’Union dépouille donc les États de leur substance en s’attribuant cinq droits régaliens :
1. le droit d’accorder la citoyenneté;
2. le droit de faire la paix et la guerre, de négocier des traités et d’entretenir des relations avec le monde extérieur, de lever et d’entretenir une force armée;
3. le droit de réglementer le commerce intérieur et extérieur;
4. le droit de battre monnaie et de fixer les autres unités de mesure;
5. le droit d’organiser les communications : d’assurer le service postal et de réglementer, contrôler ou assurer les autres services de communication entre les États membres (pp. 23, 187 et 240).

Clarence Streit explique que la fédération est par nature démocratique car « ses lois sont établies par les individus qu’elle englobe, agissant par l’intermédiaire de leurs représentants et disposant chacun d’une voix égale pour désigner et destituer ces derniers, le nombre de voix accordées au peuple de chaque État au sein du gouvernement de l’Union étant généralement en rapport direct avec le nombre de ses citoyens » (p. 27). L’homme étant pris comme unité dans une fédération, celle-ci peut agir rapidement en soumettant les propositions directement et simultanément aux intéressés par voie d’élection ou de plébiscite. En sus, la fédération peut faire appliquer la loi puisque la responsabilité de toute violation du droit incombe à l’unité politique qui est l’individu mortel. Enfin, en supprimant les États comme entité politique indépendante et souveraine, la fédération supprime la course aux armements, et la guerre - militaire et économique - qui serait leur apanage exclusif.

Les quinze démocraties fondatrices.

Cette Union doit d’abord être composée des quinze démocraties fondatrices de l’Atlantique Nord (p. 28), soit : l’Union américaine, le Commonwealth britannique (à savoir le Royaume Uni, le Dominion du Canada, le Commonwealth d’Australie, la Nouvelle Zélande, l’Union Sud-Africaine, l’Irlande), la République française, la Belgique, les Pays-Bas, la Confédération suisse, le Danemark, la Norvège, la Suède et la Finlande. « Cette liste comprend les démocraties les plus puissantes, les plus anciennes, les plus homogènes et les plus étroitement liés entre elles [...] Elles ne comportent que cinq grands groupes de langues, et, pour toutes les nécessités pratiques, on peut ramener ces groupes à deux, l’anglais et le français. Elles réunissent en tout trois cent millions de citoyens répartis en un équilibre harmonieux, la moitié en Europe, l’autre moitié outre-mer » (pp. 28 et 29).
L’Union pourrait comporter moins de quinze démocraties, en fédérant uniquement les pays de langue anglaise, comme le souhaitait Cecil Rhodes et le groupe Milner, très lié à Streit. Mais cette proposition est par trop restrictive. L’Union pourrait également comporter jusqu’à vingt démocraties, en y incluant par exemple les républiques d’Amérique du Sud. Mais dans ce cas, l'Union serait trop ouverte et potentiellement ingérable. In medio stat virtus : quinze démocraties suffiront pour former l’union transatlantique. Et du fait de leur position géographique, de leur culture, de leur situation commerciale, financière, politique, historique, les quinze nations forment déjà, selon l’auteur, « un noyau très homogène » (pp. 140 à 152).

L’Union formerait ainsi l’organisation politique, économique et militaire la plus puissante de la planète. Elle serait constituée de démocraties pacifiques dont les liens commerciaux, financiers et bancaires sont déjà très forts ; elle contrôlerait les mers et deux tiers du commerce mondial ; elle s'étendrait sur la moitié de la surface du globe et elle comprendrait presque la moitié de la population mondiale (avec les colonies).
Assurément, Streit rejette en bloc le principe de l’équilibre des puissances, incapable d’assurer la paix sur terre. À l’inverse, elle ne peut l'être que par le déséquilibres des forces. « Nous la trouvons [la paix, ndr] que lorsque nous mettons du côté de la loi un poids tel que le malfaiteur le plus puissant ne puisse le faire basculer et finisse fatalement à être maîtrisé. Nous arrivons à une stabilité durable lorsque l’un des plateaux de la balance s’appuie solidement sur le sol et lorsque l’autre est tout au bout, en l’air! » (p. 56).
La superficie, la puissance matérielle, démographique, financière, commerciale et militaire de l’Union serait inégalée, et ferait trembler tous les autocrates du monde, à commencer par Hitler, Mussolini et Hirohito. Le pacte triangulaire, si menaçant, deviendrait inoffensif et, à terme, se rangera dans le giron de l’Union, comme toutes les nations du monde (pp. 140 à 152).

Vers un gouvernement mondial.

Dans l’esprit mondialiste de Streit, l’Union transatlantique n’est qu’une étape de transition vers l’établissement d’un État fédéral mondial, dirigé par un gouvernement unique. Elle ne constitue qu’un « embryon » qui ne connaîtrait « aucune limitation, quelle qu’elle soit, à sa force d’expansion, que sa constitution indique explicitement qu’il est créé pour se développer pacifiquement et devenir un gouvernement universel » (p. 160). Streit fait sienne la philosophie du célèbre écrivain Herbert Georges Wells, qui avait écrit dans son Esquisse de l’histoire universelle : « Notre véritable État, cet État qui est déjà en voie de formation, cet État auquel tout homme devrait consacrer le meilleur de ses efforts politiques, doit être dès maintenant l’État fédéral mondial qu’exigent les besoins de l’humanité... Notre vraie nationalité est le genre humain » (p. 234).
« Dès maintenant... » En effet la constitution du gouvernement mondial est le problème numéro un pour Streit [7]. De toute manière, il serait inévitable, étant exigé par la « machine », c’est-à-dire le développement technique qui accélère le processus de mondialisation (p. 67 et suivantes), ainsi que par la marche de l’histoire dont l'objectif est l'unification de l'humanité en une seule république universelle (p. 72) [8]. Il serait aussi commandé par le simple bon sens (p. 78), le mondialisme constituant un horizon indépassable après l’émergence du fédéralisme à l’échelle régionale : l'ensemble doit être organisé en « fédération des fédérations » (p. 246) [9].
Pour finir ce bref tour d’horizon, estimant que la souveraineté nationale a ruiné l’étalon or, Streit propose l’établissement d’une monnaie mondiale qui seule serait source de stabilité et de sécurité, en s’inspirant d’une proposition émanant de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) [10].

Pour mettre en oeuvre cet ambitieux projet, l’Amérique montrerait la voie. Au XVIIIe siècle, les treize colonies de l'empire britannique avaient créé l’Union américaine pour sortir de l’impasse de la ligue d’amitié. Au XXe siècle, les États du monde démocratique doivent sortir de l’impasse de la SDN en appliquant le principe fédéral [11]. La déclaration d’indépendance est devenu « déclaration de dépendance ». Mais en réalité, Union Now ne reflète rien d’autre qu’une volonté cynique d’américaniser le monde. Le projet de constitution de l’Union, par exemple, est directement calqué sur la constitution américaine [12], et Streit propose les mêmes institutions pour l'Union que celles des États-Unis d’Amérique (p. 315 à 325, Appendice I, projet de constitution). De surcroît, le principe « un homme une voix » en vigueur dans la fédération favoriserait de loin les Américains, bien plus nombreux que les autres peuples de l’Union.

En définitive, Clarence Streit prône la mise en forme d’un nouvel ordre mondial dominé par l’Amérique. Il affirme sans ambages vouloir égaler les exploits de Rome, considérant les peuples non démocratiques comme des peuples inférieurs et barbares qu’il faudrait civiliser. Au début du XXIe siècle, cette pensée typiquement impérialiste semble avoir fait des émules ...

Le succès [13].

Union Now rencontre un grand succès en Amérique comme en Europe [14]. Quelques mois après la parution du livre aux États-Unis, un mouvement dont le but est de propager le projet « transatlantiste » émerge : Federal Union Inc (à l’origine Inter-democracy Federal Unionists). Streit décide alors de quitter le New York Times pour donner une série de conférences dans toute l’Amérique. Dans le même temps, il participe à la revue publiée par Federal Union Inc : Freedom & Union, « la revue de la République mondiale qui n’existe pas encore » [15]. De nombreux journaux sont acquis à cette cause [16]. Notre fédéraliste participe à plusieurs émissions de radio, en particulier le très populaire America's Town Meeting of the Air.  En 1950, il fait même la une du Time Magazine [17], l'année de sa nomination pour le prix Nobel de la paix.
En 1940, lors d’un meeting organisé au Madison Square Garden, notre rhodes scholar rencontrent présidents et premiers ministres. C’est alors que Franklin Delano Roosevelt l’invite à la Maison Blanche pour discuter de l’idée fédérale. En toute logique, plusieurs organisations se réclamant de Union Now, en liaison avec le gouvernement Roosevelt, ont déterminé l’entrée en guerre des États-Unis. Parmi ces organisations, on trouve : Federal Union Inc ; Fight for Freedom, à l’époque dirigé par Pichens Miller du Council on Foreign Relations (CFR) ; Foreign Policy Association et Century Club. Ces organisations avaient toutes le soutien de l’ambassadeur britannique aux États-Unis : Lord Lothian, parrain de Clarence Streit et chef de file du groupe Milner.

Union Now après 1945.

Après la guerre, le projet d’union euro-atlantique connaît une vigueur nouvelle. Tout un réseau se met en place de part et d'autres de l'océan [18]. Au sommet de l’État, Streit a le soutien de William Lockhart Clayton, sous-secrétaire d'État aux affaires économiques dans le gouvernement Truman. Ce dernier a joué un rôle clé dans l'établissement du plan Marshall et dans la promotion de l'unité de l'Europe à la fin des années 1940. En 1949, Streit, Clayton, Owen Roberts (membre de la court suprême des Etats-Unis), Robert Porter Patterson (ancien secrétaire à la guerre), et Elmo Roper (de la société Roper Polls) fondent, via Federal Union Inc, un nouvel institut : l'Atlantic Union Committee (AUC). Cet organisme a pour but la création d'une alliance atlantique fondée sur des principes fédéralistes. D'éminentes personnalités en sont membres, parmi lesquelles : Theodore Achilles, George Marshall, Robert Schumann, Lester Pearson, Nelson Rockefeller, Paul Henri-Spaak ou encore Richard Nixon. On mesure l’influence de l’AUC lorsqu’on sait qu’il est à l’origine de la création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Comme l’a dit l’ambassadeur Achilles : « If it hadn't been for Union Now, I don't think there would have been a NATO Treaty » [19]. L’équipe Streit a aussi un joué un rôle non négligeable dans le plan Marshall et dans la fondation de la communauté européenne [20].
Par l'entremise de l'AUC, l’OTAN s’est doté d’un organe parlementaire au cours des années 1950 : une assemblée parlementaire se réunit depuis lors deux fois par an. L’équipe Streit a, par la suite, organisé l’Atlantic Congress de Londres. Celle-ci a rassemblé pas moins de 600 leaders de l’alliance atlantique. En 1962, à l'initiative de l'AUC et de Federal Union Inc, la convention atlantique des nations de l'OTAN a tracé un plan en vue de bâtir une authentique communauté transatlantique : la déclaration de Paris [21]. Quelques mois plus tard, le président Kennedy, dans son discours de la fête nationale (4 juillet 1962), a fait un appel à une « déclaration d’interdépendance » entre l’Europe et l’Amérique, prélude à « l’union finale de tous les hommes libres » [22].

En 1961, Streit actualise le projet Union Now en publiant un nouvel ouvrage : Freedom’s Frontier : Atlantic Union Now. La nouveauté du livre réside dans la nouvelle donne géopolitique liée à la guerre froide. Il ne s’agit plus de souder les pays du monde libre contre les autocraties d’avant guerre, mais contre le bloc communiste. Il faut donc fonder l’Union non plus sur les « quinze démocraties fondatrices » de 1939, mais sur les quinze pays membres de l’OTAN : l’Union américaine, le Canada, la Grande Bretagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, l’Islande, le Luxembourg, la République Fédérale d’Allemagne, la Grèce, l’Italie, le Portugal et la Turquie [23]. L’OTAN, largement l’oeuvre de l’AUC, doit servir de socle à l’union euro-atlantique en gestation. La finalité est la même : l’État mondial [24].

Federal Union Inc lance un nouvel organisme en 1978 : le Committee for a Community of Democracies. Aujourd’hui rebaptisé Council for a Community of Democracies [25], il développe toutes une série de projets pour unir les démocraties sous la coupe d’un seul gouvernement mondial. Ces projets ont par la suite été chapeauté par Madeleine Albright qui deviendra secrétaire d’État durant le second mandat du rhodes scolar Bill Clinton.
Sept ans plus tard, Federal Union Inc adopte un nouveau nom, Association to Unite the Democracies (AUD), et dès la fin des années 1980, plaide pour une extension de la Communauté Économique Européenne (CEE) et de l’OTAN après la chute du communisme.
Depuis 2004, l'AUD a un successeur : le Streit Council for a Union of Democracies. La même année, un dernier institut fédéraliste a vu le jour : l’Ashburn Institute [26].

Conclusion : vers un grand marché transatlantique.

Les élites voient loin. Union Now a été écrit dans les années 1930, mais c’est seulement en 1990, quatre ans après la mort de Clarence Streit le 6 juillet 1986, que le processus d’intégration transatlantique a été officiellement lancé. Nous nous sommes attaché à décrire méthodiquement ce processus dans nos chroniques transatlantiques [27]. Rappelons brièvement ses différentes étapes. Ont été successivement adopté par les États Unis et la CEE devenu Union Européenne (UE) :
- le 22 novembre 1990 : la déclaration transatlantique;
- en 1995 : le Plan d'Action Commun et le Nouvel Agenda Transatlantique;
- le 18 mai 1998 : le Partenariat Économique Transatlantique;
- le 4 décembre 2003 : la stratégie pour renforcer le partenariat transatlantique;
- en 2005 : l'initiative économique UE-États-Unis;
- en 2007 : l'Accord Cadre pour la promotion de l'intégration transatlantique et son Conseil Économique Transatlantique.
Le parlement européen, nous l'avons vu dans nos différentes chroniques, a soutenu ardemment ce projet qui doit aboutir en 2015 selon les textes officiels.

Le 22 octobre 2010, lors d’un séminaire organisé par l'Institut national de la Défense à Lisbonne, Joao Marques de Almeida, conseiller de José Manuel Barroso, a proposé que l’Union Européenne devienne membre à part entière de l’OTAN [28]. Voilà qui est logique puisque le traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009, confère à l’UE la personnalité juridique, c’est-à-dire la possibilité pour l’Union d’être un acteur sur la scène internationale au détriment de ses États membres. Les jalons sont ainsi posés pour créer un super-État fédéral européen [29]. Le reste du programme est dans Freedom’s Frontier et Union Now : l’UE doit s’agréger au bloc nord-américain pour servir d’assise à une mondialisation plus poussée encore [30]. Les bouleversements financiers, économiques, sociaux et moraux vont permettre la bascule vers le nouvel ordre mondial. Mais la tour de Babel tiendra t-elle ?



Notes :


[1] Extrait de l'émission Arrêt sur images du 5 juin 2010 :

[2] Clarence K. Streit, Union ou chaos? Proposition américaine en vue de réaliser une fédération des grandes démocraties, Paris, Librairie de Médicis, 1939, 392 pages. À l’origine, le livre a été publié à New York aux Éditions Harper & Brothers (1939) sous le titre Union now : A Proposal for a Federal Union of the Democracies of the North Atlantic. Nous baserons notre étude sur l’édition française, traduite par C. Valmy, M. Gourévitch et M. Th. Guénin et préfacé par Firmin Roz de l'Institut de France.
Pour ne pas alourdir notre propos en notes, nous renseignerons les pages auxquelles nous nous référons dans le corps de l'article.

[3] En ce qui concerne les éléments biographiques de Clarence Streit, nous nous référons à la page 9 (préface de Firmin Roz), ainsi qu’aux pages 368 à 371 (où Streit raconte son parcours, comment il en est venu à préconiser l'Union fédérale transatlantique).

[4] Les bourses d’études Cecil Rhodes ont été créé en 1904 dans l'intention de recruter les élites en vue de réaliser le rêve de Cecil Rhodes (1852-1902) : l’union des États-Unis et de l’empire britannique, base pour l’État mondial. Voir Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment, GSG § Associates, 1981, 354 pages.

[5] Nous pouvons notamment lire dans l’ouvrage magistral du Professeur Carroll Quigley, de l'université de Georgetown, Tragedy & Hope : A History of the World in Our Time : « They [Alfred Milner et son équipe] prepared the way for this "Union" through the Rhodes scholarship organization [...]. One of the effusion of this group was the project called Union Now, propagated in the United State in 1938-1945 by Clarence Streit on behalf of Lord Lothian and the Rhodes-Trust » in Carroll Quigley, Tragedy & Hope : A History of the World in Our Time, The Macmillan Company, New York, 1966, p. 582. Voir aussi les pages 950 et suivantes.
Clarence Streit deviendra par la suite membre de la Round Table, du Council on Foreign Relations (CFR) et du bureau international de la Fabian Society selon Yann Moncomble in L'irrésistible expansion du mondialisme, Faits et Documents, 1981, p. 44.

[6] Pour Streit, spécialiste de la SDN, l’institution de Genève devait être à l’origine un gouvernement mondial. Ainsi nous pouvons lire : « Pour trancher cette question, étudions tout d’abord l’histoire. Une chose frappe dès l’abord. Le seul problème important auquel on n’ait jamais donné l’attention qu’il réclamait de façon pressante est celui du gouvernement du monde. Il est peut-être venu bien près de sa solution en 1919, au moment de l’établissement du projet de pacte; mais, même à ce moment-là, où le danger couvait encore, le président Wilson était partout critiqué violemment - et aux États-Unis non moins qu’ailleurs - parce qu’il différait ce que le monde considérait comme particulièrement pressant - à savoir la liquidation de la guerre - afin d’assurer l’édification de cette première tentative de gouvernement mondial qu’était la S.d.N » in Clarence K. Streit, Union ou chaos? Proposition américaine en vue de réaliser une fédération des grandes démocraties, Paris, Librairie de Médicis, 1939, page 72. Plus loin : « Il est clair que le but réel des démocraties, en fondant la Société des Nations était d’organiser le gouvernement mondial au profit de l’individu. » in op. cit., pp. 171 et 172.
Il est à noté que lorsque Streit participait à la conférence de la paix, il avait accès à tous les documents, notamment ceux du colonel Edward Mandell House, principal promoteur de la SDN avec le président Wilson in op. cit., p. 374.

[7] Le second chapitre du livre est intitulé « Le problème prioritaire : le gouvernement mondial ».

[8] C’est aussi la thèse développé par Herbert Georges Wells dans son Esquisse de l’histoire universelle (1920) ; ou encore celle de l'éminent membre du groupe Milner Lionel George Curtis dans The Commonwealth of God (1938).

[9] « Ces exemples suffisent pour indiquer les riches réserves d’expérience constitutionnelle qui [...] se trouve à la disposition des rédacteurs de constitutions fédérales. Ils montrent aussi la longue tradition, la discipline et l’entraînement au gouvernement autonome sur lesquels nos démocraties peuvent compter pour les aider à se fédérer. Il ne nous reste qu’à organiser la Fédération des fédérations [Union of unions dans le texte original, ndr] » in Clarence K. Streit, Union ou chaos? Proposition américaine en vue de réaliser une fédération des grandes démocraties, Paris, Librairie de Médicis, 1939, p. 246.
Une expression similaire, « fédération de fédérations », avait fait son apparition 14 ans plus tôt, dans un rapport à la SDN rédigé par le comte Richard de Coudenhove-Kalergi (juillet 1925). Ce dernier, fondateur du mouvement paneuropéen, y prônait l’émergence de « continents politiques » unifiés qui s’inscriraient dans le cadre d’une organisation mondiale - la fameuse « fédération de fédérations ». Voir : Anne-Marie Saint Gille, La « Paneurope » : un débat d'idées dans l'entre-deux-guerres, Presses de l’université de Paris Sorbonne, 2003, pp. 130 et 131. En fin spécialiste de la SDN, Clarence Streit a probablement eu vent de ce document. Par surcroît, dans son fameux discours de mai 1950 à Aix-la-Chapelle, Richard de Coudenhove-Kalergi évoquait un projet d’ « union atlantique » similaire à Union Now : une « fédération à trois », constitué d’une « Europe unie » de « l'Islande à la Turquie comme de la Finlande au Portugal » et coiffé d’une « constitution fédérale » ; de l’empire britannique ; et des États-Unis d’Amérique. Voir : Pierre Hillard, La décomposition des nations européennes : de l'union euro-atlantique à l'État mondial,
Éditions François-Xavier de Guibert, Paris, 2005, pp. 75 à 79, et l'annexe 11.

[10] « Le problème monétaire, si angoissant actuellement même dans l’avenir immédiat, serait parmi les moins difficiles de l’Union; il s’agirait simplement d’établir une monnaie commune et d’accumuler derrière cette monnaie les réserves existantes des démocraties adhérentes et de tous les nouveaux membres qu’accueillerait l’Union. Il serait sage, semble t-il, de ne pas prendre la livre, le dollar ou le franc comme monnaie de l’Union, mais d’éviter tout élément national en donnant à la monnaie de l’Union une nouvelle dénomination et une nouvelle valeur. La Banque des Règlement Internationaux avait proposé, il y a quelques années, que l’unité de monnaie mondial soit le gramme d’or, appelé grammor. L’Union pourrait adopter cette idée. » in Clarence K. Streit, Union ou chaos? Proposition américaine en vue de réaliser une fédération des grandes démocraties, Paris, Librairie de Médicis, 1939, p. 330.
Aujourd'hui, un projet similaire en train de resurgir : celui du Bancor. Dans le Daily Telegraph du 10 octobre 2010, Ambrose Evans-Pritchard nous dit dans un article intitulé « Currency wars are necessary if all else fails » : « I heard French finance minister Christine Lagarde say in person at a meeting in Italy that France would use its G20 presidency to push for an alternative to the dollar. She specifically cited the Bancor ». En fait, Christine Lagarde n'a fait que s'inspirer d'un rapport du Fond Monétaire International (FMI) datant du 13 avril 2010 : « Reserve Accumulation and International Monetary Stability ». Signé Reza Moghadem, directeur du département de la stratégie, des politiques et de l'évaluation du FMI, ce rapport recommande l'instauration d'une monnaie planétaire appelé Bancor et émise par une banque centrale mondiale (p. 26 et suivantes du rapport). L'information a été relayée par FT Alphaville, branche du Financial Times, dans l'article « IFM blueprint for a global currency - yes reall» (4 août 2010).
À l'origine, l'idée du Bancor est de John Maynard Keynes. Ce dernier avait proposé lors des négociations menant aux accords de Bretton Woods (juillet 1944) la création d'une nouvelle unité de réserve internationale émise par un institut supranational. 

[11] « L’exemple de l’Amérique :
La situation des démocraties américaines, de la League of Friendship était, s’il le peut, plus mauvaise encore que notre situation actuelle. Comme l’a dit John Fiske, "en 1786, en pleine crise de l’économie et de la confiance, les échanges étaient presque paralysés et le charlatanisme politique avec ses remèdes simplistes et de mauvais aloi régnait en maître". Des conflits commerciaux firent craindre une guerre entre New-York, le Connecticut et le New-Jersey. Des contestations territoriales entraînèrent des effusions de sang et une menace de conflit armé entre New-York, le New Hampshire et Vermont, ainsi qu’entre le Connecticut et la Pennsylvanie. La guerre avec l’Espagne faillit partager la League of Friendship en deux camps. La League ne disposait d’aucun moyen de coercition vis-à-vis de ses membres. Les menaces de retrait étaient fréquentes. Il arrivait souvent que le Congrès n’atteignît pas le quorum, que le Trésor fût vide, et qu’on ne trouvât plus à emprunter. Les États émettaient des monnaies sans valeurs, la misère était à son comble et les tribunaux furent envahis par une populace armée [...]. Washington avait déjà écrit à Jay en 1786 : "Je suis mal à l’aise et inquiet, plus que je ne l’étais pendant la guerre." Tout semblait justifier les mots du philosophe libéral contemporain, Josiah Tucker, Doyen de Gloucester : "Pour ce qui est de la grandeur de l’Amérique, et de l’idée qu’elle deviendra un empire dirigé par un chef unique, républicain ou monarchique, c’est une des notions les plus vaine et les plus utopique qui ait été conçue, fût-ce par des auteurs de romans. Les antipathies mutuelles des Américains, l’opposition de leurs intérêts, les différences que présentent leurs gouvernements, leurs coutumes, leurs manières d’être, montrent qu’ils ne peuvent trouver ni terrain d’entente ni intérêt commun. Ils ne pourront jamais être unis et former un empire homogène sous aucune sorte de gouvernement; ils demeureront jusqu’à la fin des temps un peuple désuni, formé de citoyens soupçonneux et défiant les uns des autres, ils seront divisés et subdivisés en petites collectivités ou principautés, selon les frontières naturelles, par les vastes golfes marins, les rivières importantes, les lacs et les chaines de montagnes" » in op.cit, pp. 60 et 61.

[12] « Notre projet est entièrement extrait de la Constitution américaine [...] » in op.cit., p. 315.


[13] En ce qui concerne l'action de Streit après la parution de Union Now et après la guerre, nous nous appuierons sur les informations données par le site officiel d'un institut créé par Streit et ses disciples : le Streit Council for a Union of democracies (anciennement Atlantic Union Committee).

[14] Le lundi 17 mars 1941, un article du Time Magazine faisant la promotion du deuxième livre de Streit (Union Now with Britain, prônant une union anglo-américaine pour remporter la guerre, et poser les premiers jalons en faveur de l'union transatlantique une fois la paix venue) et intitulé « War and peace : The Case for Union » révèle quelques informations intéressantes :
« Last week Federal Union had 60 U. S. chapters, 60 more being organized, was cooperating with similar organizations abroad. The British organization had 250 chapters, 10,000 members. U. S. Federal Unionists were winding up a $250,000 fund-raising drive, had 3,000 college-student and faculty members, were in the midst of a campaign to form Federal Union groups in labor unions. Outside such organized groups, Federal Union had "adherents" whose number nobody could estimate — people who had not contributed money but who read its literature, spread its faith. A Gallup poll last week estimated that 8,000,000 U. S. citizens, thinking of the post-war world, believe in an international federation of some such kind as Federal Union advocates. In its busy national and regional offices Federal Union ists were confident that they were at last solidly organized and growing fast [...]
Clarence Streit's first book was rejected by publishers, rewritten four times. He was printing a private edition of 300 copies when commercial publishers grabbed it. Total worldwide sale now: 50,000 copies. »
Christophe Le Dréau, professeur à Sciences Po et spécialiste de l'européisme britannique d'avant guerre certifie que « la traduction française du livre de Streit a rencontré un succès immédiat en France (près de 1000 exemplaires vendus en deux semaines. Cf Federal Union News du 4 novembre 1939, n°7 » in Christophe Le Dréau, « Un européisme britannique conquérant : les tentatives d'implantation de la New Commonwealth Society et de Federal Union sur le continent (1938-1940) », Les cahiers Irice 1/2008 (n°1), p. 33-48.
Le site du Streit Council indique qu'au total, le livre s'est vendu à plus de 300.000 exemplaires :
« The book first appeared in a private edition of 300 copies in 1938. The Czech crisis and Munich quickly won it the attention of publishers, and editions by major publishing houses appeared in 1939. It spread around the world with many editions in several languages, selling over 300,000 copies » in http://streitcouncil.org/index.php?page=background-to-the-writing-of-union-now

[15] Le Time Magazine avait assuré la promotion de Freedom & Union dans un article paru le lundi 23 septembre 1946 : « Streit & Straight ».


[16] « As soon as Streit's book was published, it was hailed by Lord Lothian in an interview with the press. Shortly afterwards, Lothian gave it a favorable review in the Christian Science Monitor of 6 May 1939. The book was distributed to educational institutions in various places by the Carnegie Foundation and was greeted in the June 1939 issue of The Round Table as "the only way." This article said: "There is, indeed, no other cure..." » in Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment, GSG § Associates, 1981, p. 236.


[17] Clarence Streit fait la une du Time Magazine du 27 mars 1950. Voir l'article suivant : « Elijah from Missoula », Time Magazine, 27 mars 1950.



[20] « Today the major federalist movements -- European, Atlantic and World -- can be traced in their lineage and found to be descendants of the movements born on the wave of the publication of Union Now. From the standpoint of international organizations, the European Union, NATO, and the other European and Atlantic institutions would not have developed in their present forms if it had not been for the impulse provided by these movements » in http://streitcouncil.org/index.php?page=federal-union-inc

[21] La déclaration de Paris (janvier 1962). Voir notre article sur le sujet :

[22] Discours prononcé par le président Kennedy à l’Independance Hall à Philadelphie, in Union de l’Europe occidentale, Assemblée-Commission des Affaires générales : l’année politique en Europe, rétrospective 1962, mars 1963, pp. 52 et 53.
Avant ce discours, voyant les intrigues des dirigeants nationaux, Kennedy avait écrit

« qu'est-il advenu de Union Now » (« Earlier, after watching the machinations of national leaders, he had written, "What ever became of Union Now?" » : http://streitcouncil.org/index.php?page=federal-union-inc)

[23] Freedom’s Frontier : Atlantic Union Now, Harper &Brothers, New York, 1961, p. 33 et suivantes.

[24] « If I were revising or re-writing Union Now, what changes would I make? None in its poem [...], none in its philosophy, and some in its proposal - even though none even there that I consider to be major changes » in op.cit., p. 29.


[26] Site officiel de l'Ashburn Institute.

[29] En transférant les politiques budgétaires et fiscales du niveau national au niveau fédéral, l'État fédéral européen se met progressivement en place. C'est ce que nous dit un article paru dans The Times sous le titre « Softly, softly a federal Europe draws nearer » et rapporté par Presseurop le 3 novembre dernier : « L'Europe fédérale ? Elle vient de naître ».

[30] « L'architecture du bloc euro-atlantique », par Pierre Hillard. Voir : Pierre Hillard, La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, Éditions François-Xavier de Guibert, Paris, 2007, pp. 79 à 93.


BOUNOUA Samy.

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