jeudi 16 décembre 2010

[Billet] Vu sur Wikileaks ...


La dernière salve de Wikileaks projette
sur nos écrans plus de 250 000 notes
diplomatiques du Département d'Etat
Américain.


Ces révélations ont déclenché un tollé
gouvernemental mondial.
C'est la mode, c'est le buzz, choisissez le mot que vous voulez, mais Wikileaks a réellement été une petite bombe lâchée (intentionnellement ?) sur l'establishment. Le monde entier se déchire pour savoir si Assange a réellement fait l'amour à une Suédoise sans préservatif.

Sur le net, Wikileaks (du moins, la deuxième salve de Wikileaks) laisse perplexe. On se pose énormément de questions quant à l'authenticité du mouvement clandestin qui vise à diffuser des archives et fichiers "secret defense". Je continue pour ma part à penser que c'est effectivement un mouvement citoyen transparent, peut-être manipulé au niveau des notes qui filtrent, mais surement pas un falsificateur qui nous enverraient de fausses notes.

Quand certains pensent que Wikileaks arrange le système et notamment l'Occident en général, je préfère penser au contraire que sur les 1 500 câbles sortis (sur 251 000 à peu près en tout, qu'on aura le plaisir de découvrir ...), les médias qui ont accès à ces notes sélectionnent.

En effet, on peut tout à fait faire dire à Wikileaks ce que l'on sait déjà quant à l'Iran et la région du golfe. Ou alors, on peut lui faire parler du marché transatlantique, et pourquoi pas des personnalités politiques Françaises.

Etant donné que la "blogosphère" est tout à fait divisée sur ce point, je prend sur moi de relater ici quelques bribes de ce que j'ai pu trouvé grâce au site http://cablesearch.org/ (qui permet de trouver les câbles grâce à des mots clés) et de ne pas engager notre bloggeur associé et bien aimé Samy.

Moscovici et Hollande rencontrent l'ambassadeur US

Dans un document "confidentiel" datant du 21 Juin 2006 (à 8:08), l'ambassadeur Américain (il s'agit de M. Craig Roberts Stapleton (1)) en France décrit sa rencontre avec le PS. Le titre de la note est celui-ci : "Les leaders socialistes à propos de la relation Franco-Américaine dans une France dirrigée par le PS : Ni Blair ni Chirac" (2).

Moscovici et Hollande étant deux
Young Leaders de la Fondation
Franco-Américaine, ils étaient
prédisposés à discuter de politique
intérieure avec les Américains.
Dans la partie "Europe", on y apprend que Moscovici a déclaré qu' "une administration PS serait bien plus pro-Europe que le Président Chirac et le Premier Ministre de Villepin" [qui ont poussé au cul pour le TCE ...], et lui et Hollande sont d'accord pour abandonner la souveraineté militaire de la France : "[Ils] voient un besoin d'utiliser l'Europe pour consolider les industries de la défense et réduire les coûts en réalisant des économies d'échelles. Hollande nota sardoniquement que la France était incapable de vendre ses chasseurs ou ses tanks à quelqu'un".
Moscovici prône aussi un parlement National plus fort quand il s'agit d'affaires européennes dénonçant le fait que "la présidence concentre trop de pouvoir".
Hollande est "d'accord avec l'agenda mis en place par Chirac et Merkel pour remettre l'Europe sur pieds en 2007-2008". Les deux leaders sont d'accord pour dire que "Chirac n'a plus la crédibilité pour proposer quoique ce soit pour faire avancer le projet européen [...] et refusent tout deux l'idée que la constitution rejetée puisse être sujette à un second référendum ou, pire selon eux, passé par voie parlementaire".
Et alors là c'est assez sympa, une belle leçon de démocratie de la part de M. Moscovici : "[Il] a suggéré qu'il pourrait être possible d'utiliser l'adhésion de la Croatie pour introduire quelques réformes institutionnelles qui pourraient être approuvée par les parlements des états membres". Chez certains, on appelle ça une "quenelle".

Merkel et son amour du Conseil Economique Transatlantique (CET)

Ce document "secret" daté du 29 Janvier 2008, écrit à l'ambassade Américaine à Berlin et envoyé notamment au siège de la CIA à Washington, est une note destinée à expliquer la situation en Allemagne (3). On y trouve donc énormément d'informations, mais la partie qui nous intéresse s'intitule "Economie : Engagement pour le CET".

On y apprend que "Merkel a une haute idée du Conseil Economique Transatlantique (CET) entre UE et USA - une pièce centrale de sa présidence de l'Union Européenne en 2007 - dont le but est de réduiire les barrières réglementaires au commerce et à l'investissement transatlantique. [... Elle] craint que la Commission Européenne et les futures présidences de l'UE (incluant la France) puisse perdre l'enthousiasme pour le projet. Les officiels Allemands sont aussi inquiets que la nouvelle Administration Américaine pourrait faire dérailler ce qu'ils considèrent comme un nouvel instrument de l'économie transatlantique très efficace [highly successful]; Nous devrions appuyer sur notre engagement continu pour le CET, et encourager les Allemands à garder un rôle leader sur ce sujet."

Intéressant non ?

La visite du député Froman à Bruxelles 

Michael Froman (4) est un député influent aux Etats-Unis, et ce document (5) relate sa visite à Bruxelles, où il a pu rencontrer le très très haute société technocrate, incluant Barroso (Président de la Commission), Hedegaard (Climat), Barnier (Marché intérieur), De Gucht (Commerce), et bien entendu, le président du Conseil, Herman Von Rompuy. Ils y discutent notamment du CET. 

Froman appuie auprès de tous ses interlocuteurs "l'intérêt de son Administration à ce que le CET donne de vrais résultats. Nous sommes ouverts à toutes les idées, a-t-il dit; Nous pouvons réformer, restructurer ou même éliminer le CET, selon ce que nous identifions comme le meilleur moyen pour arriver à des [secure] avancées concrètes [...] De Gucht voit le CET comme très important, en particulier dans le contexte de l'expansion de l'économie Chinoise et le déficit commercial significatif des USA et de l'UE [... Il] a aussi noté que les taxes à l'importation sont tombées, et que les barrières non tarifaires seront donc le prochain challenge".

Un autre officiel, un certain VanHeukelen explique que "jusqu'à aujourd'hui, le CET n'a pas été vu comme extrêmement efficace, mais il est important de faire mieux" et De Gucht de reconnaître que "il y a des problèmes politiques au sujet de certaines barrières non tarifaires [tu m'étonnes ...]. Il est important que la prochaine rencontre du CET produise des résultats concrets [...] Pour cela, a-t-il ajouté, nous devons préparer avec attention, en dehors de la lumière [out of the spotlights]".

Enfin les "sujets possibles du CET pourraient inclure Doha, le climat, problèmes relatifs à la Chine/Tiers monde et la régulation financière".

Intéressant : A la fin de ce paragraphe transatlantique, on rapporte que Froman fut "d'accord avec le fait [...] que l'important est d'assurer que le prochain meeting produise des résultats significatifs pour justifier la présence de hauts fonctionnaires et répondre aux parties prenantes [stakeholders]". Les stakeholders, ou les parties prenantes, en Novlang, ce sont concrètement les lobbys et les groupes de pressions (voir Chronique Transatlantique #9 (6) sur les Institutions transatlantiques).

Notes :
(1) Wikipédia de Craig Stapleton : http://fr.wikipedia.org/wiki/Craig_Roberts_Stapleton
(2) Câble 06PARIS4247, "Les leaders socialistes à propos de la relation Franco-Américaine dans une France dirigée par le PS : Ni Blair ni Chirac" : http://213.251.145.96/cable/2006/06/06PARIS4247.html
(3) Câble 08BERLIN122, "Welcome to Berlin" : http://213.251.145.96/cable/2008/01/08BERLIN122.html
(4) Wikipédia de Michael Froman : http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Froman
(5) Câble 10BRUSSELS183, "Deputy NSA Michael Froman visit to Brussels, 27/01/2010" : http://213.251.145.96/cable/2010/02/10BRUSSELS183.html
(6) La Théorie du Tout, "Chroniques Transatlantiques #9, les institutions transatlantiques" : http://theorie-du-tout.blogspot.com/2010/09/billet-chroniques-transatlantiques-9.html

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