mercredi 28 avril 2010

[Extrait] Le cycle de l'argent

En espérant que cela ne froissera pas les auteurs de ce magnifique livre qu'est "Les dix plus gros mensonges sur l'économie" (Philippe Derudder & André-Jacques Holbecq), je vous dévoile ici un des passages qui nous a le plus marqué, mon ami et moi, lors de la lecture de ce livre.

Attention, cet article peut avoir un effet dévastateur sur toute votre conception du monde et des politiques économiques à mener. Si par hasard vous saviez, ou vous pensiez savoir ce qu'il y'a dans ce texte, cela ne chamboulera pas vraiment votre vie.


Attention, il est notion dans ce texte d' "Argent Dette". Il serait bon de comprendre un minimum comment fonctionne la monnaie et la création monétaire avant de s'attaquer à ce texte, même si cela n'est pas forcément essentiel.

Merci à ces deux auteurs pour leur travail formidable. Vous pouvez les soutenir en achetant ce livre et en comprenant mieux, vous aussi, les tenants et aboutissants de l'économie.


Un peu d'économie Fiction :

Imaginez que vous soyez ministre des Finances et que le ministre des Transports vienne vous voir un beau matin et vous dise :
- Monsieur ou Madame la Ministre, la pollution, la consommation de carburants, les nombreux embouteillages, les blessés et les morts générés par le trafic des 4 millions de camions qui transitent annuellement sur l'autoroute entre Avinion et Lyon, nécessitent une décision politique. Il faut résoudre cette situation qui s'aggrave d'année en année et devient insupportable; mes collaborateurs et moi-même avons étudié la chose et tout plaide en faveur de la construction d'une ligne de ferroutage sur ce tronçon. Nous estimons le montant total de l'opération à environ 10 milliards d'euros sur quatre ans.

Par réflexe ancré dans vos anciennes croyances, vous vous écriez :
-Mais vous n'y pensez pas, c'est impossible, ça coute trop cher !

Le ministre des Transports ne se montre nullement affecté. Il avait anticipé votre réaction et, tout en vous assurant qu'il comprend, il vous demande d'y regarder à deux fois et d'accepter de le suivre dans sa démonstration.
- Je vais prendre un certain nombre d'hypothèses simplificatrices pour rendre les choses aussi claires que possible, dit-il.

Première hypothèse : une seule entreprise fabrique tout.

Il s'agira d'une commande de l'Etat confiée à des entreprises privées exclusivement nationales. Même si un grand nombre d'entreprises intervient, on peut considérer qu'elles ne forment qu'une seule et même entreprise, depuis l'extraction des matières premières, qui, soit dit au passage, sont gratuites puisque la nature ne se fait pas payer, jusqu'au produit fini. C'est, bien sur, une simplification mais elle n'est pas abusive. Le résultat serait le même si on prenait une "chaine" d'entreprises dont chacune achèterait aux autres ce dont elle a besoin pour remplir sa mission.
Concentrer les choses sur une seule entreprise permet simplement de mieux comprendre ce qui se passe réellement. Les salariés de cette entreprise vont eux-même dépenser leur paie dans une multitude de commerces qui, eux aussi paieront des salariés, lesquels dépensent leur salaires dans la chaine commerciale etc. Quant aux charges et aux impôts que tous vont verser, ils se trouveront redistribués sous forme d'allocations et prestations sociales à différents bénéficiaires d'une part, et sous forme de salaires aux fonctionnaires, d'autre part. Ces revenus alimenteront, à leur tour le commerce. Vous voyez les boucles, la promenade de l'argent et comment revenus et dépenses sont les deux faces d'une même pièce ?

Deuxième hypothèse : il n'y a que des salaires.

Bien sûr, nous savons tous qu'un prix est non seulement constitué de salaires mais aussi du montant des fournitures et charges diverses, comme les transports, le stockage, les assurances, des honoraires, des marges bénéficiaires, etc. Cela, c'est l'apparence, parce que la production est atomisée : de nombreuses entreprises participent à la fabrication d'un produit de sorte que chacune paie des factures de fournitures et services extérieurs. Mais, en réalité, que se passe-t-il ? Quand l'agriculteur vend son blé au minotier, par exemple, c'est le prix de son travail, donc son salaire, qu'il vend, pas le blé qui, lui, a été offert gratuitement par la nature. Bien sûr, il aura utilisé un tracteur et la valeur de son blé comprendra aussi une part du cout d'acquisition et d'utilisation de cet engin. Mais le prix du tracteur, c'est quoi ? Le salaire de tous les employés de l'usine qui l'ont fabriqué, répartis au prorata, et les marges bénéficiaires. Ah oui ! Il y aura aussi le cout des fournitures et services que l'usine n'a pas produits elle-même. Mais chaque service et chaque fourniture achetés à d'autres, c'est quoi ?
Les salaires et marges de chaque fournisseur, plus .. et ainsi de suite ... jusqu'à ce que vous ne puissiez plus remonter plus haut et que vous découvriez alors qu'un prix, n'est en de compte, qu'une somme de salaires et de marges emboités comme des poupées russes.

Vous doutez encore qu'un prix ne soit fait que de salaires et de marges ? Eh bien prenez n'importe quel exemple et amusez-vous à ouvrir la poupée russe aussi loin que vous pourrez ! Le prix d'une assurance par exemple ? C'est l'ensemble des salaires et marges des personnels des personnels des compagnies et le montant mutualisé des indemnisations des risques couverts, celles-ci représentant les salaires et marges des acteurs économiques qui interviendront en cas de sinistre. Le loyer de votre maison ? C'est un "salaire" que vous versez au propriétaire qui, éventuellement (mais pas nécessairement), paie ainsi le prix de la maison, c'est-à-dire le salaire et les marges de ceux qui l'ont construite. Le prix d'une action en bourse ? C'est l'estimation, ramenée à une part de ce qu'une entreprise peut distribuer en salaires et marges, une partie de cette marge constituant le dividende de l'actionnaire. Le montant d'une pretium doloris accordé par un tribunal ? C'est l'estimation d'un "salaire compensatoire" du préjudice subi par la victime. Même si tout ne peut s'exprimer en terme de salaire et marge au premier degré, tout est assimilable à des salaires et marges.

Troisième hypothèse : l'entreprise unique et les commerces ne prennent pas de marge bénéficiaire, autre que celle nécessaire à la distribution des salaires.

Pour la clarté de la démonstration, on imagine que tout est distribué en salaires. Les salariés n'épargnent pas et dépensent la totalité de leurs revenus sur le territoire national.

Quatrième hypothèse : L'Etat est le maitre d'ouvrage.

Il paye l'entreprise, donc les salaires et cotisations de toute la chaine au fur et à mesure de l'avancée des travaux. L'entreprise n'a donc pas de besoin de trésorerie, créatrice d'agios.

Cinquième hypothèse : aucune importation.

Ni d'énergie, ni de matière première, ni de produits finis. Irréaliste ? Ayez présent à l'esprit que le résultat reste identique pour le bilan global de la Nation tant que la balance importation/exportation est équilibrée. Il n'est donc pas question de poser des hypothèses illusoires mais de ramener les choses au niveau de dénominateurs communs les plus simples possible pour rendre les choses compréhensibles.

Sixième hypothèse : pas de TVA sur les travaux.

Il n'est pas nécessaire de la compter puisque l'état est le maitre d'ouvrage. En revanche, on retrouvera celle-ci dans les effets induits, c'est-à-dire dans les boucles de la consommation courante des salariés lorsqu'ils dépensent leurs revenus dans les commerces.

Le ministre des Transports sort alors de son dossier un document qu'il pose devant vous.
- Voilà un tableau, dit-il; il résume le projet et démontre qu'en fin de compte, il ne "coute" rien !

Vous êtes intrigué, vous froncez les sourcils, dubitatif, car, quand même ... vous êtes ministre des Finances et le ministre des Transports est en train de tenir un discours qui ébranle l'orthodoxie de vos connaissances.

Sans se soucier de votre étonnement, il commente :
- Nous avons pris en référence le salaire annuel moyen pour un travail à temps complet dans les entreprises du secteur privé et semi-public en 2001. Il s'élevait à 26 280€ en brut et à  20 708€ en net. Avec les charges sociales, c'était 38 119€ qui étaient distribués. Par rapport à cette somme, le salaire brut représente donc 69% et le net 54,30%.
Le tableau que je vous présente est établi en pourcentages : il vous suffit donc de diviser les chiffres par 10 pour extrapoler les effets d'une commande de 10 milliards d'euros.

CALCUL CIRCULATION MONETAIRE
Vente TTC
TVA
HT
Salaires bruts
Salaires nets
Total cotisations
Impôts :12% des salaires bruts
Soldes des salaires directement consommables
Nombre de salariés pour 10G€ initiaux
ENTREPRISE (100%)
100
x
100
69,0
54,3
45,7
8,3
46,0
262 336

Commerces et Services :



1ère dépense
91,7
15,0
76,7
52,9
41,4
35,3
45,7
8,3
x
2ème cycle de dépenses
70,3
11,5
58,8
40,6
31,8
41,4
35,3
6,3
201 183
3ème cycle de dépenses
53,9
8,8
45,1
31,1
24,4
20,7
3,7
20,6
118 320
4ème cycle
41,4
6,8
34,6
23,9
18,7
15,9
2,9
15,8
90 738
5ème cycle
31,7
5,2
26,5
18,3
14,3
12,2
2,2
12,1
69 586
6ème cycle
24,3
4,0
20,3
14,0
11,0
9,4
1,7
9,3
53 365
7ème cycle
18,7
3,1
15,6
10,8
8,4
7,2
1,3
7,1
40 925
8ème cycle (troisième année)
14,3
2,3
12,0
8,3
6,5
5,5
1,0
5,5
31 385
9ème cycle
11,0
1,8
9,2
6,3
5,0
4,2
0,8
4,2
24 069
10ème cycle
8,4
1,4
7,0
4,9
3,8
3,2
0,6
3,2
18 458
11ème cycle
6,5
1,1
5,4
3,7
2,9
2,5
0,3
1,9
14 155
12ème cycle (quatrième année)
4,9
0,8
4,1
2,9
2,2
1,9
0,3
1,9
10 856
COMMERCE CUMULE FIN 4ème ANNEE
377,2
61,8
315,4
217,6
170,3
145,1
26,1
144,2
827 325
ACTIVITE TOTALE GENEREE
477,2
61,8
415,4
286,6
224,6
190,8
34,4
190,2
1 089 661

Une telle commande génère donc l'équivalent de 262 336 emplois directs, (10 000 milliards d'euros/38 119). La somme qui se retrouvera effectivement dans la poche des salariés sera de 5,430 milliards d'euros, de laquelle il faut encore déduire les impôts directs pour 828 millions. Les salaires directement consommables, puisqu'il n'y a pas d'épargne dans notre simulation, s'élèvent ainsi à 4,602 milliards. Ce sont ces 4,6 milliards qui se retrouveront directement dans le commerce.
Dans le même temps, 4,570 milliards de cotisations sociales sont redistribués à l'ensemble de la population, sous différentes formes, augmentant le pouvoir d'achat de celle-ci. Il se retrouveront indirectement dans le commerce. La communauté bénéficie donc de 4,602 + 4,570 = 9,172 milliards (c'est le dixième du chiffre que vous voyez en B5, dit-il, en le désignant du doigt) qu'elle va consommer, générant à son tour de la TVA et des impôts pour 2,135 milliards, des redistributions de cotisations sociales pour 3,528 milliards et des salaires directement consommables de 3,506 milliards. Nous voilà donc avec un pouvoir d'achat de 7,340 milliards en début de deuxième cycle... et ainsi de suite.

Si l'argent tourne quatre fois dans l'année, c'est une activité globale de 47,7 milliards d'euros qui est créée en quatre ans. L'état, ("nous") récupère sur cette période 96,2% de sa mise initiale, sous forme de TVA pour 6,2 milliards d'euros et d'impôts pour 3,4 milliards d'euros. 

Qui plus est, la population bénéficie d'une redistribution sociale pour 19,1 milliards d'euros et de salaires directement consommables pour 19 milliards d'euros. Voilà ce qui découle de cette commande de 10 milliards, sans oublier de mentionner qu'elle génère l'équivalent de plus d'un million d'emplois directs et indirects ! Cette simulation met en évidence que, sous certaines conditions :

  • L'agent injecté par l'état revient quasiment intégralement à l'état;
  • L'activité totale générée est multipliée par 4,77, car les activités secondaires générées ont un effet multiplicateur;
  • Investir dans des biens d'utilité publique bénéficie tant à la collectivité qu'aux particuliers;
  • En injectant moins de 30 milliards, on pourrait résorber totalement le chômage et l'exclusion, sous réserve que la main-d'oeuvre qualifiée soit disponible;
  • Toute création de biens et services commandés par l'Etat ne "coute" rien à la collectivité si ce n'est du travail et des matières.
Si Maastricht m'était compté

Vous vous dites peut-être que cette démonstration ne vaut que dans le cadres des hypothèses énoncées, ce qui n'est jamais le cas. Regardons celles qui peuvent avoir une incidence.

La première (une seule entreprise fabrique tout) et la deuxième (il n'y a que des salaires) traduisent la réalité des choses, elles ne sont qu'une clarification d'évidences qui n'apparaissent pas à première vue à cause de l'atomicité de la production dans le temps et l'espace.
La troisième (l'entreprise unique et les commerces ne prennent pas de marge bénéficiaire autre qu'une distribution salariale) prévoit que les entreprises ne font pas de profits échappant aux cotisations salariales et que les salariés ne constituent pas d'épargne. Cette hypothèse est, certes, irréaliste, mais elle ne joue pas dans l'absolu. Epargne et profits sont des réservent qui ne participent pas immédiatement à la consommation mais qui y retourneront tôt ou tard. Ils ont pour seul effet de ralentir les cycles.
La cinquième (aucune importation) - car nous reviendrons sur la quatrième dans un instant - suppose que l'on fonctionne en autarcie. Nous savons que cela ne correspond pas à la réalité, mais cela ne joue pas tant que le balance commerciale de la Nation reste équilibrée.
La sixième (pas de TVA sur les travaux) n'a aucune incidence; C'est une simplification de présentation.

Reste la quatrième (l'état est le maitre d'ouvrage). Elle prévoit que l'Etat n'a pas besoin de trésorerie. C'est vrai si les recettes fiscales de l'état sont suffisantes, et encore ! Car souvenez-vous : L'argent moderne n'est que temporaire, il n'existe qu'entre le moment où il est créé par le crédit et celui où il est remboursé. Il a donc été emprunté à un moment quelconque. C'est là que le loup sort du bois, car le traité de Maastricht en son article 104 stipule : Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des états membres [...] d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la communauté [...] L'acquisition directe des instruments de leur dette auprès d'eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, est également interdite.

Les points sont sur les "i" et les barres sur les "t", citoyens, qu'on se le dise ! L'argent est affaire des banques privées et les Etats doivent passer sous leurs "fourches caudines" au même titre que les personnes privées. La conséquence de cela : le paiement d'un intérêt qui "coutera" à la France par exemple, si son budget 2006 est respecté, 40,8 milliards d'euros, soit presque autant que ce que rapportera l'impôt sur le revenu : 57,5 milliards d'euros. Il représente en outre un cumul de 650 milliards d'euros depuis 1980 !

En résumé, on peut dire que la simulation est juste à condition que la balance commerciale de la nation soit équilibrée et au "cout" près des intérêts bancaires. Ce sont là deux paramètres sur lesquels il serait possible d'agir si on le voulait. Mais la pensée économique dominante actuelle ne considère pas les choses comme cela.

Elle n'a ni compris ni intégré le fait que la production ne coute pas d'argent, mais seulement du travail et de la matière. Sans doute est-ce du au fait que le capitalisme libéral est fondé sur une logique égoïste. Adam Smith, père fondateur du capitalisme, l'a conçu sur un postulat : L'homme est égoïste, il recherche la satisfaction de son propre intérêt; l'altruisme est un effet de société. Ainsi, la logique des règles économiques nous incite à considérer les choses à partir d'une logique individuelle et non collective. Lorsqu'une personne privée, physique ou morale, règle un achat, elle a moins d'argent sur son compte; cela se traduit par une écriture comptable et elle sait que si elle accumule plus de dépenses que de recettes, elle s'aventure vers de graves ennuis. Mais ce que l'on appelle "cout" en "langage privé" devrait s'appeler "transfert" en "langage collectif" car, au niveau de la Nation, la quantité globale d'argent reste inchangée; il n'y a que des transferts qui s'opèrent entre les acteurs économiques.

Elle n'a ni compris ni intégré le fait qu'un Etat puisse investir dans des biens et services nouveaux sans avoir à lever des impôts supplémentaires.
La raison à cela repose sur la persistance d'un obstacle épistémologique : dans l'esprit de la plupart d'entre nous - et les plus brillants n'y échappent pas -, la monnaie reste connue comme une réalité matérielle (précieuse) de quantité finie donc rare et épuisable. L'époque où l'argent n'existant que sous forme de pièces sonnantes et trébuchantes reste profondément ancrée en nous. Il n'était alors pas possible d'inventer des pièces qui n'existaient pas. Il fallait avoir l'argent en caisse avant d'envisager un achat. Mais l'argent physique n'empêche pas un état , une banque centrale ou de second rang, de créer toute la monnaie nécessaire. Si on ne le fait pas, c'est qu'on ne le VEUT pas. Nous n'obéissons là qu'à des "lois" humaines qui, elles, peuvent changer à volonté, à l'inverse des lois physiques.

Elle n'a ni compris ni intégré le fait que lorsqu'un Etat investit dans des biens et services nouveaux, cela créé des emplois directs et induit une activité multiplicatrice. En raison du même obstacle épistémologique. L'état dit : Je n'ai pas d'argent pour créer de l'emploi. Nos têtes pensantes n'ont pas encore réalisé (ou ne veulent pas réaliser) qu'au niveau collectif le travail ne coute pas d'argent et que "couter cher" signifie simplement "couter beaucoup de travail". Or du travail, c'est justement ce que nous voulons; c'est l'objectif prioritaire que vise l'Etat. La solution est là, à portée de main, mais on se l'interdit. Ubuesque non ?

Ainsi, c'est notre vision actuelle de l'économie qui empêche de poser les actes appropriés aux défis de notre temps. On ne s'autorise à penser qu'en terme de rustine quand il faudrait changer la chambre à air, sous prétexte que ça couterait trop cher. Nous l'affirmons; dire cela est tout à fait inapproprié. Il serait plus honnête de dire "On ne peut pas faire, parce qu'on ne s'autorise pas à créer l'argent nécessaire".
La réalité est que si une collectivité a un besoin, la volonté de le satisfaire, les moyens techniques et énergétiques, un excès de main d'oeuvre et le savoir-faire, rien ne s'oppose à sa réalisation... à un détail près, détail que soulignait déjà, avec force, Thomas Edison, dans une interview publiée dans le NY Times en 1928, alors qu'il était de retour d'une inspection à la centrale électrique "Muscle Shoals", en construction sur la rivière Tenesse :
Si la monnaie est émise par la nation, 30 millions de dollars pour le financement de Muscle Shoals, ce sera la bonne chose à faire. Une fois cette méthode d'émettre l'argent pour les développements publics essayée, le pays ne retournera jamais à la méthode des obligations [...] Maintenant, il y a Ford qui propose de financer Muscle Shoals par une émission de monnaie (au lieu d'obligations). Très bien ! Supposons un instant que le congrés suive sa proposition. personnellement je ne pense qu'il ait assez d'imagination pour le faire, mais supposons qu'il l'ait. La somme requise sera émise directement par le gouvernement, comme toute monnaie doit l'être [...] Lorsque les travaileurs seront payés, ils recevront ces billets des Etats-Unis [...] Ils seront basés sur la richesse publique existant déjà à Muscle Shoals; ils seront retirés de la circulation par les salaires et bénéfices de la centrale électrique. Ainsi, le peuple des Etats Unis recevra tout ce qu'il aura mis dans Muscle Shoals et tout ce qu'il pourra y mettre durant des siècles... le pouvoir sans fin de la rivière Tennessee... sans taxes et sans augmentation de la dette nationale.
Mais supposez que le Congres ne suive pas la proposition d'Henry Ford, qu'arrivera-t-il ? demanda-t-on à Edison :
Alors le congres devra retourner à l'ancienne méthode. Il devra autoriser une émission d'obligations. Autrement dit, il devra aller chez les prêteurs d'argent et emprunter assez de notre propre monnaie nationale pour achever ces travaux et nous devrons payer de l'intérêt aux prêteurs d'argent pour l'usage de notre propre argent. De cette manière, chaque fois que nous voulons augmenter la richesse nationale, nous sommes forcer d'augmenter la dette nationale. C'est ce qu'Henry Ford veut empêcher. Il pense que c'est stupide, et je le pense aussi, que pour le prêt de 30 millions de son propre argent, le peuple des Etats-Unis soit obligé de payer 66 millions le montant total à payer avec les intérêts. Des gens qui n'ont pas levé une pelle de terre ni contribué pour une seule livre de matériel, vont ramasser plus d'argent des Etats-Unis que le peuple qui a fourni les matériaux et le travail.
C'est ce qui est terrible avec l'intérêt. Dans toutes nos importantes émissions d'obligations, l'intérêt à payer est toujours plus gros que le capital. Tous nos grands travaux publics coutent plus de deux fois le cout réel. Tout le problème est là [...] Il est absurde  de dire  que notre pays peut émettre 30 millions $ en obligations et pas 30 $ en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l'un engraisse les usuriers et l'autre aiderait le peuple. Si l'argent émis par le gouvernement n'était pas bon, alors les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C'est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s'endetter et s'obliger à payer des intérêts ruineux à des hommes qui controlent la valeur fictive de l'or (à l'époque la valeur du dollar était encore garantie par l'or).

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