dimanche 25 avril 2010

[Billet] A propos de la Grèce

Temps de troubles pour les Grecs. Depuis maintenant presque un an, l'état Hellénique est dans une situation "morbide". On a découvert que la Grèce avait menti sur ses taux d'endettement (et ce grâce à des conseillers très spéciaux envoyés par Goldman Sachs (1)), et la panique s'est emparée des marchés internationaux.
On a vu jour après jour les taux d'intérêt monter sur les bons du trésor Grec, rendant l'emprunt sur les marchés financiers presque impossible. La rupture arrive lorsque ces taux atteignent 6%, le double du taux "normal" d'emprunt sur les marchés (3% pour l'Allemagne par exemple).



Une seule solution : Rassurer les marchés en promettant d' "assainir" les comptes. Traduction dans les faits : larges coupes dans les dépenses publiques, gel des salaires pour les fonctionnaires et suppression d'une partie de leur pouvoir d'achat (13ème mois par exemple), ce qui ne devrait pas forcément aider à relancer la consommation (sic) et enfin, gel des retraites, le meilleur pour la fin.

Comment expliquer l'inexplicable ? Comment expliquer aux travailleurs Grec, aux fonctionnaires et aux retraités que la TVA va augmenter, que le tabac et l'alcool ainsi que beaucoup de biens de consommation vont augmenter, que leurs salaires vont être gelés et leurs retraites avec, pour payer la "connerie" (qui n'en est pas en réalité, on peut clairement dire qu'il y avait une volonté d'en arriver là) qu'ont été les subprimes américains, ainsi que la grande spéculation ? Comment ne pas se révolter au slogan de "Nous ne payerons pas votre crise" (2) ?

De plus, que dire lorsque l'on constate que l'Union Européenne a placé la Grèce sous tutelle (3) avec grande facilité, qu'elle s'exprime très facilement lorsqu'il s'agit de condamner (avec raison ou pas d'ailleurs) la Grèce, qu'elle ait donc un droit de regard si intense sur les affaires Grecques, alors même qu'elle refuse toute aide à cette dernière (4) ?

Les effets d'annonces s'enchaînent, on entend le président de la Banque Centrale Européenne, monsieur Trichet, puis monsieur Junker (président de l'Eurogroupe), puis Merkel, puis Sarkozy, puis Barroso .. Rien n'y fait, la panique reste la dominante sur les marchés financiers. Les taux d'intérêts grimpent, grimpent encore, jusqu'à atteindre le score insoutenable aujourd'hui de pratiquement 9%.

Heureusement, avant d'en arriver là, les partenaires européens qui ne voulaient pas payer pour les excès de la Grèce, ont tout de même plancher sur un plan d'aide qui ferait intervenir aussi le FMI. On a négocié des prêts bilatéraux jusqu'à 45 milliards d'Euros à des taux d'environ 5%, ce qui est plus confortable que 9% mais beaucoup moins que les 3% dont jouissent les allemands. Et voilà, nous y sommes, cette semaine la Grèce demande officiellement la mise en oeuvre de ce plan.

Et alors on entend les Français se demander pourquoi certains Grecs (toujours ces gauchos-trosko-syndicalo-emmerdeurs) râlent contre ces mesures, après tout, on va les aider, et le FMI aussi.

Pour ces gens là, qui se demandent avec raison, vu que selon les médias, tout s'arrange, pourquoi les Grecs ne sont pas contents, voilà un élément de réponse :

Premièrement : Ils ne sont pas contents car c'est eux qui payent les pots cassés par les dirigeants d'une part, mais surtout pas les banques d'autres parts. Ce sont elles qui se sont effondrées en faisant des paris débiles et des prêts toxiques in-remboursables.

Deuxièmement, il y a pire :  En effet, non seulement les banques se sont effondrées et il a fallu les sauver, mais en plus c'est elles qui mettent maintenant la pression sur les Etat-nations en étroite relation avec les agences de notation et les différents gendarmes de la bourse (voir l'article de ce blog sur la SEC corrompue (5)). 
Pire encore, la Goldman Sachs par exemple, a aidé la Grèce depuis une décennie à cacher sa dette à l'ensemble du monde financier, en faisant des écritures comptables ingénieuses et innovantes. Et c'est maintenant cette même Goldman Sachs qui profite de cette situation en spéculant à la hausse sur les CDS pris sur la dette souveraine Grecque (Rappelons aussi que le Président de la Goldman Sachs a gagné cette année 9 millions de  dollars de bonus personnels (voir article de Serge Halimi "Bien mal acquis profite à Goldman Sachs" (6))).

Troisièmement : L'aide de la part du FMI. Savez vous ce que signifie l'aide de la part du FMI dans un pays ? Cela signifie ce qu'on appelle des "ajustements structurels". En effet, le Fond Monétaire International ne prête pas à n'importent quelles conditions. Il faut que l'État qui bénéficie de ces prêts mette en oeuvre des mesures de libéralisme sans précédent. Privatisations, ouvertures au libre échange (pour la Grèce cela ne sera pas), abaissement de l'interventionnisme de l'État et des subventions pour laisser libre cours au "marché" etc (voir le documentaire "Quand le FMI fabrique la Misère" (7)). 

Malgré tout ceci, monsieur Strauss Kahn essaie d'amadouer les Grecs en leur demandant de "ne pas avoir peur" (8), mais on comprend bien de quoi ils ont peur. La seule introduction de l'article de Laurent Cordonnier sur le thème "Les états peuvent-ils faire faillite ?" (9) est très évocatrice de ce que préconise le FMI :


Prônant la « stabilisation » des dépenses sociales, le Fonds monétaire international (FMI) a averti : l’assainissement, en Europe, « sera extrêmement douloureux ».

Aujourd'hui on peut considérer la majorité des Grecs comme des lièvres qui ont couru tout ce qu'ils ont pu pour se cacher, mais qui se retrouvent aujourd'hui face au fusil du chasseur, coincés dans un coin. 

Notes :

(5) La brute, le truand et .. le truand : Quand même le gendarme est dans le coup : http://theorie-du-tout.blogspot.com/2010/04/la-brute-le-truand-et-le-truand-quand.html (La théorie du tout)
(6) Bien mal acquis profite à Goldman Sachs, Serge HALIMI : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/HALIMI/18882 (Le Monde Diplomatique)
(7) Documentaire "Lundi Investigation : Quand le FMI fabrique la misère" : http://video.google.com/videoplay?docid=4584572542018047702&hl=fr# 
(8) Strauss Kahn : "Les citoyens Grecs ne doivent pas craindre le FMI" : http://www.liberation.fr/economie/0101632013-strauss-kahn-les-citoyens-grecs-ne-doivent-pas-craindre-le-fmi (Libération)
(9) Un pays peut-il faire faillite, Laurent Cordonnier : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/CORDONNIER/18883 (Le Monde Diplomatique)

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